Le Grand Maître est seul sur une estrade, entouré par un halo lumineux. Dans son ombre, la silhouette encapuchonnée du sorcier. L'Unique est légèrement surélevé et observe le public d'un ½il serein. Il tend un bras vers le ciel et commence.L'Unique : Fils de l'Ordre, écoutez votre histoire et celle de notre monde.
Alors que Le Dieu unique perché sur Astria, observait notre Terre, notre Ateleia, pure comme l'enfant à l'orée de la vie, une voix naquit en lui. Grave et profonde, puissante et ténébreuse. Tapi au fond de son être, le mal murmura. Doucement, malicieusement, il exprima sa volonté de prospérer sur cette terre.
Effrayée, la lumière en son sein protesta. Et c'est ainsi qu'elle parla : « Vierge et belle, Ateleia doit le rester. Ni la folie des hommes ni l'orgueil des Dieux ne pourront la déflorer ». Mais, insensible aux lueurs de la raison, la folie n'écoute pas.
Et c'est ainsi que le Dieu unique se scinda en deux êtres.
L'un pur et bienveillant, la Lumière, l'autre sombre et corrompu, l'Ombre. Les deux frères nouvellement nés devinrent deux ennemis. Avide de conquête, l'Ombre quitta Astria sa planète, pour se réfugier sur la nôtre et y semer une vie ténébreuse. Son engeance, sous les yeux effarés de son frère divin, se multiplia et eut bientôt conquit la surface de l'unique continent de notre monde.
La belle et lumineuse Ateleia n'était plus. Son visage même avait changé. Aux doux vents de la Création avaient succédé les blizzards de la Destruction. Tordus de souffrance, les paysages autrefois sereins de notre terre. Vidé de toute substance, le c½ur jadis si vivant de notre planète. Décharnée, son âme mouvante.
Face à l'horreur, la lumière dut réagir. Se résoudre, malgré sa répugnance à employer le mal pour affronter le mal.
Au creux de la forge des Ages, elle donna naissance à un être unique, un être à notre image, et lui insuffla chacun de ses pouvoirs. Lors du dernier souffle lumineux, xhaque parcelle de ce nouveau corps s'éveilla. Et son c½ur battit pour la toute première fois, rayonnant de douceur et de magie.
De sa main bienveillante, le Créateur le déposa sur notre planète dévastée où il découvrit les fils de l'Ombre, à même le sol, aspirant l'âme désormais maudite de notre terre...
« Car ma cause est juste » furent les seuls mots qu'il prononça.
Puis il se prépara au combat. Les démons ne lui laisseraient aucun répit.
Durant seize cycles, la lumière affronta les ténèbres. La magie rencontra la magie, la douleur fit écho à la souffrance et le pardon n'eut plus de place.
Les corps sans vie du mal amoncelés sur le sol. Le sang impie maculant ses doigts, l'unique avançait toujours plus loin, dans les terres intérieures. Jusqu'au combat final où, devenu une bête parmi les bêtes, mon ancêtre arracha à main nue le c½ur et l'âme de son dernier rival. Alors à bout de souffle, il s'écroula ; et tandis que les larmes ruisselaient sur son visage, le vainqueur contempla son ½uvre. Les fils ténébreux avaient quitté la terre- mère et décidé de se réfugier au c½ur des flots.
Lorsque le souvenir des atrocités qu'il avait du commettre pour emporter la bataille le submergèrent, l'instrument de la lumière hurla, toujours plus fort, jusqu'à ce que la douce chaleur de notre Dieu l'enveloppe, lui, sa création. Apaisé, l'être unique écouta.
Le Dieu Lumière, dans sa clémence, décida de ne pas mettre fin aux vies illégitimes des survivants du massacre et leur assigna l'océan comme résidence, nous interdisant par la même de jamais le traverser.
Ateleia ne serait plus jamais celle d'autrefois. Ternie et désolée, elle devait à présent retrouver de sa splendeur. Et ce fut la mission de l'Unique de rétablir la vie sur le continent. Une nouvelle race, issue du bien vit le jour, VOUS, fils de l'Ordre.
Dans sa sagesse incommensurable, le Dieu accorda à l'obscurité maudite une part de chaque cité que l'Unique construirait et para ses enfants lumineux d'une ombre qui les suivrait toujours, afin que nul n'oublie jamais la puissance du mal qui gronde en lui.
Fils, nous sommes à l'aube d'une ère nouvelle où chacun de vous a sa place.
Le maître à bout de souffle, les bras tendus vers le public sourit, ou du moins essaie. La lumière s'éteint